[review] Miserist – Miserist (Ep 2017) / Krucyator Productions



Miserist – Miserist (Ep 2017)

Experimental Black / Death Metal

Krucyator Productions


Krucyator Productions sort le 13 février prochain l’Ep Miserist du groupe australien Miserist. D’abord quelques considérations sur le label. Krucyator Productions est un label récent créé par Loic F, le leader des groupes Autokrator et N.K.V.D. et ceci dans le but de publier « sa » musique et donc les deux groupes que l’on vient de citer. Fondé en 2015 le label en plus de ses productions vend sur son store des classiques et « cult » du metal extrême comme Beherit, Archgoat, Besatt, Diocletian ou Carpathian Forest et propose aussi des groupes plus underground comme Gnaw Their Tongues ou  Fuoco Fatuo.

La sortie de cet Ep de Miserist signifie donc deux choses : d’abord que Loic se lance dans la production et promotion d’autre(s) groupe(s) que les siens, donc l’état de santé du label est plus que bon et que (deuxième point) ce Miserist doit être aussi très bon s’il se présente comme nouvelle sortie de Krucyator Productions. Un pari risqué donc ? Non. Un très bon départ ? Oui. Absolument.

Miserist est un groupe australien qui a sorti sa première démo nommée sobrement Demo Tape sous forme de cassette. A cette époque Miserist s’appelait Headwar. Cette démo réunissait 4 titres qui sont Rope, Coffinwell, Hole et Narikuntu. Cette digression puisque le titre Narikuntu clôt l’Ep Miserist dont on parle et puisque Narikuntu est le premier titre composé par le groupe. Dans les mots du leader de Miserist (qui veut rester anonyme comme les autres membres) on découvre que : « Le premier titre que j’ai enregistré était Narikuntu. Je venais de regarder un documentaire sur un hôpital psychiatrique pour enfants et j’ai pensé à comment était la vie là-bas : tu es traité comme une bête, enfermés dans des cellules sombres avec d’autres gens qui pourraient te tuer, te violer où déféquer sur toi à tout moment. La désolation la plus totale. C’est à tout ce que je pensais lors de l’enregistrement de ces titres et j’ai utilisé cela comme thème pour l’album. Il a été mixé de février 2015 à mars 2016 mais la plupart des guitares a été enregistrée en quelques semaines. J’étais dans un endroit sombre et après avoir vu ce documentaire, le tout est sorti, s’est « déversé » et j’y ai travaillé peu à peu en y rajoutant des sons. Chaque nom de chanson a un sens avec tout ceci ».

Voici alors que grâce à ces mots nous trouvons la ligne directrice de cet Ep. Peu importe le documentaire dont il est question (il pourrait être celui à propos du « Willowbrook sanitarium » réalisé par Géraldo Rieviera en 1972 : http://www.geraldo.com/folio/willowbrook).
Ce qui importe c’est le point de départ et l’idée donc de se trouver face à une sorte de concept album.

interprétation personnelle de l'hôpital psychiatrique

Skin, Mold & Flame ouvre le bal macabre avec des guitares lentes et une batterie fracassante. On est en plein black metal industriel et on joue sur les ambiances noires à souhait. La batterie s’arrête pour laisser entendre juste un son / bruitage d’atmosphère. Bienvenue en Enfer puisque l’Enfer est sur terre. « Je viens de résumer la pièce que j’imaginais. Sur les portes et les fenêtres il y a la peau des personnes qui ont essayé de s’échapper, de la moisissure partout parce que ici personne n’a jamais nettoyé, et la flamme parce qu’on a tout brûlé une fois que tous les enfants sont morts ».
Le titre Miserist est une déferlante. Le tremolo picking est sauvage et la batterie déchaînée. Un changement de tempo ralentit pour faire évoluer le titre en un mid-tempo sombre et spectrale. On arrête tout pour encore une accélération folle avec une profondeur majeure qui se termine par un bruitage rapide. Si Skin, Mold & Flame nous présentait l’intérieur de l’hôpital psychiatrique, Miserist décrit le chef de ces lieux : « Décrit le chef de l'asile. Générateur de misère ».
 
On avance dans la noirceur et on aborde le titre VIII chiffre romain pour le numéro 8 qui indique « la moyenne d’âge des enfants » de ce ‘locus horribilis’. Le titre se compose encore une fois d’une bonne entrée en matière rapide qui cède le pas à un côté lent, presque hypnotique. Il y a un thème de fond linéaire tissé par les guitares et qui est souligné par des changements de batterie. Ensuite le titre se termine sur un fond de bruitage. Horror Infinitum s’ouvre avec un sample de film des années 30 ou 40 ce qui provoque plusieurs choses : d’abord permet de couper l’ambiance générale de l’album jusqu’ici ressentie, deuxièmement nous plonge dans un passé "autre" et troisièmement semble introduire un élément plus « onirique » et « spectrale ». C’est l’horreur lui-même qui se manifeste ici, une sorte de « genius loci » qui nous prévient de sa présence par ce sample d’autrefois et se manifeste concrètement par une déferlante d’industrial black metal avec des structures qui alternèrent rapidité et atmosphère. En effet c’est comme si on entendait les pas d’une créature qui avance ou mieux on pourrait s’imaginer un esprit qui erre dans ces lieux sinistres et lugubres.

Long Rust est un titre articulé en deux parties : d’un côté la première partie est encore balck / industrial alors que la deuxième se révèle plus ambient / atmosphérique. Ce titre « montre ce que les enfants ont pu ressentir : respirer des fumées toxiques, l’air brûlant de l’été et les maladies. Ils avaient l’impression de ne pas pouvoir respirer ». Les deux « mouvements du titres » semblent reproduire donc ce sentiment général de malaise et surtout dans la partie plus « calme » cette asphyxie généralisée où quand l’air manque et on est proche de la fin, on n’entend plus les bruits du monde extérieur.

Narikuntu présente le thème général de l’album, l’hôpital psychiatrique lui-même. Ce titre, réalisé déjà sur la précédente démo, est assez atypique. Il est axé sur l’ambiance sombre, crade avec des bruits de fonds qui font penser au générique de fin d’un film. La ressemblance avec un film ou documentaire n’est pas si anodine si on pense à l’album dans son ensemble : on commence par la pièce / cellule (Skin, Mold & Flame), ensuite on a un plan sur le chef des lieux (Miserist), on voit que les occupants des lieux sont surtout des enfants (VIII), on rencontre l’esprit noir de cet hôpital psychiatrique (Horror Infinitum), on ressent alors ce que les enfants ont pu endurer (Long Rust), on termine avec un long plan sur ces locaux que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur (Narikuntu).

Et la comparaison avec un documentaire va encore plus loin si l’on pense que cet album est entièrement instrumental ; on pourrait le considérer comme une bande son qui interpelle et éveille notre imagination.

Miserist avec cet Ep homonyme nous présente un concept album fort et direct dans une pure veine de black metal industriel. C’est chirurgical et sobre en même temps. Un tour d’horizon et une visite guidée où, avant de franchir le pas, on entend l’écho de ces mots : « Laissez toute espérance, vous qui entrez ».

Score 9/10




Miserist – Miserist (Ep 2017) / Krucyator Productions

Miserist – Miserist (Ep 2017) / Krucyator Productions

Miserist – Miserist (Ep 2017) / Krucyator Productions

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